"Noël Autrement"

Le nouveau récit du groupe de fresqueurs du 07 janvier 2022

Mes vieux os grincent ce matin à la sortie du lit, et mon équilibre est loin d’être aussi assuré que par le passé, mais la magie de Noël l’emporte sur tout et je suis heureuse à l’idée que dans quelques heures toute la maisonnée sera réveillée pour vivre cette journée du 25 décembre 2066. Cette année j’ai eu 85 ans et mon grand âge me vaut le privilège d’avoir quelques pages d’histoires à raconter.

Je ne suis plus toute jeune, mais j’apprécie ô combien cette journée si simple et si tranquille, rien à voir avec ce que ma propre mère assumait quand j’étais moi-même enfant.

A cette époque , Noël rimait avec complexité, sur-consommation et fatigue à la clé. 

Sans parler du désespoir de toutes celles et ceux qui en étaient exclus, c’était une bonne période pour se suicider, à en regarder les chiffres sur cette problématique.

La rentrée de septembre était à peine passée que maman commençait déjà à réfléchir à Noël, une charge mentale incroyable qui transformait cet événement tant attendu par les enfants en une pensée pénible, un marathon terrifiant qu’il fallait mener en tête. La course était lancée pour avoir le Noël le plus pimpant et le plus passionnant.

Je la revois encore, quand j’avais 10 ans et qu’on ne me mentait plus en me racontant des sornettes à propos d’un vieux barbu appelé le Père Noël. Elle téléphonait à son frère et sa sœur pour savoir ce que mes cousins désiraient avoir pour Noël.

Elle souhaitait “récolter des idées” comme elle disait. Il était également question de savoir qui viendrait manger à la maison, et d’organiser une fine rotation, d’année en année, pour que nous ne soyons pas plus de 12 autour de la table, étant donné que nous ne pouvions pas assurer plus de “couverts”… Je ne vous parle même pas de mon cousin Tanguy, dont les parents étaient divorcés, remariés deux fois, et pour qui rassembler ses demi-frères et sœurs – issus des deux autres unions – était de toute manière impossible. Sans parler de ses grands-parents “au carré” qui rivalisaient d’idées pour les cadeaux de Noël, tentant d’emballer des objets fantasques qui se voulaient rassurants et preuves d’amour, là où l’union familiale lui aurait été un cadeau bien plus précieux. 

Cela m’évoque que le verbe être avait malheureusement un dérivé, bien plus usité, “paraître”. On nous vendait en effet des slogans de familles heureuses, tant que la consommation était au rendez-vous. Comment nos vies auraient-elles pu être vides de sens, au cœur même de l’opulence alimentaire et matérielle ? 

Pour en revenir à maman, elle s’affairait sur internet pour trouver les meilleurs plans, parce que côté budgétaire faire un cadeau à chacun cela s’avérait onéreux. “Heureusement pour elle” il y avait les moteurs en ligne de comparaison, et les achats au mois de novembre durant le “Black Friday”, un mot anglais pour un vendredi noir… de monde, où des promotions incroyables étaient faites à tout un chacun, course effrénée à toujours plus. 

Aujourd’hui ce jour affreux n’existe plus et la société qui l’avait promue en France a fait faillite. Elle s’appelait “Amazon”, peut-être en référence à ces formidables cavalières d’antan transformées pour l’occasion en une chevauchée fantastique des courses en ligne. Quelle misère cette société générait. Je me souviens même d’une année, en 2021, j’avais alors 40 ans, où pour ne pas ralentir les livraisons qui partaient de leurs entrepôts, le patron d’Amazon avait obligé des employés à travailler aux Etats-Unis dans l’Illinois alors qu’une tornade menaçait la ville. L’entrepôt avait bien sûr été touché, il y avait eu six victimes, mais l’équipe de préparateurs/livreurs avait dû revenir dans le local – non sécurisé – pour achever les envois !!! Tout retard de livraison des fameux cadeaux aurait entraîné de sérieuses remarques sur le web, ce que d’aucun ne pouvait se permettre. D’ailleurs le plus triste dans tout cela, c’est qu’après les fêtes, les partenaires d’Amazon qui stockaient dans leurs locaux préféraient invariablement détruire les invendus tout neufs plutôt que de les stocker ailleurs. Ils auraient été passés de mode l’année suivante. Quel gâchis ! 

Cela semblerait incroyable aujourd’hui, alors que depuis 20 ans, depuis les années 2040, plus aucune entreprise ne produit d’objets car nous ne faisons que réutiliser l’existant, suite à la loi sur l’économie circulaire votée en 2045 au niveau international (IT2035-LA85-3.1).  

A la même période, un salaire minimal a été mis en place, et un salaire maximal aussi ! Tous les métiers du soin, de l’enseignement et de l’accompagnement des jeunes et des moins jeunes sont dûment rémunérés, au même titre que les ingénieurs ! Les médecins sont payés maximum 5 fois le salaire des infirmières – les classant ainsi parmi les mieux payés du pays (salaire maximum). 

Les métiers de la société ubérisée (se référer à vos livres d’histoire pour la période 2000-2035) n’existent plus. A la place, de très beaux métiers sont apparus, on les appelle les emplois de l’économie circulaire : réparateurs, collecteurs, vendeurs de produits de seconde main. De beaux métiers, bien valorisés (grille du salaire minimum *3 !) sont apparus, comme celui de mon petit-fils qui est chef d’atelier en Haute-Savoie ! Dans son entreprise sont stockés des centaines de frigidaires, congélateurs, machines à laver la vaisselle, etc., qui sont tous remis aux normes du jour, et adaptés aux normes environnementales ISO2035. 

 

Revenons à nos moutons et à tous les animaux d’ailleurs qui composaient Noël. Je ne parle pas là des animaux traditionnels de la crèche, moutons, ânes, boeufs, chameaux et éléphants…mais plutôt de ceux qui finissaient sur la table comme les dindes, les escargots, le saumon et les oies.

Car pour la journée du 25 maman mettait les petits plats dans les grands, et le sacrifice de ces pauvres animaux commençait. Le déjeuner devait être extra-ordinaire. Quelque chose d’un peu paradoxal, en regard de ce que l’on nous enseignait au catéchisme que Noël était la fête d’un petit enfant venu au monde dans une famille bien pauvre quelque part au Moyen Orient. 

Bref ! Ce qui me choquait le plus, c’est “ que vous soyez puissant ou misérable”, il fallait absolument avoir certains mets sur la table. 

Du coup inutile de dire que les plus riches en avaient de grande qualité, et les plus pauvres de qualité moyenne, voire douteuse. Par exemple, le saumon… Certains pouvaient se payer un saumon frais pêché dans les mers du Nord et savamment fumé dans des séchoirs traditionnels. D’autres l’achetaient sous vide, en tranches très fines, issu d’élevage, nourri à la farine et séché à la va vite. Qu’importe, ça avait un goût fumé et salé, et ça faisait son petit effet.

Je me souviens à peu près de la saveur, cela fait bien longtemps que je n’en ai mangé, car en 2040 une loi sur la pêche a été adoptée à l’unanimité, rendant l’élevage de poissons interdit, et surtout restreignant drastiquement la pêche sauvage. Seules les populations résidant en bord de littoral sont autorisées à en manger de manière hebdomadaire ; pour les autres c’est en lien avec la régulation par l’Homme des espèces internationales et des quotas (très petits) de pêche, permettant une dégustation une fois par trimestre. C’est sûr qu’on en mange moins souvent, mais quels goûts! Quelles découvertes exquises ! On pourrait bien s’en passer au niveau alimentaire, mais on joint l’utile de la réglementation à l’agréable de la dégustation. 

Autre exemple, mes petits-enfants peinent vraiment à me croire quand je leur parle du foie gras. D’ailleurs à chaque fois ils me corrigent et me disent “mais non mamy, du “faux gras””. Je dois alors leur expliquer que le faux gras n’est apparu dans le petit Robert qu’en 2037, remplaçant définitivement le foie gras. Simple dérive étymologique, mais tellement riche de progrès en manière de bien-être animal. Il me faut alors leur parler de cette déformation encouragée du foie des oies, nourries à l’année longue à l’aide de tuyaux alimentant directement leurs estomacs en grains et autres farines, pour être ensuite sacrifiées peu avant Noël, dépouillées de leurs foies, cuisinés de façon à en faire le mets star sur des petits toasts grillés, ou pour les plus riches, entiers et poêlés. A ce stade de l’histoire, je dois habituellement arrêter, car les yeux de ma petite fille Zélie se strient de larmes, qui roulent peu à peu sur ses jolies joues, et elle me dit que je suis bien cruelle d’inventer de si tristes récits.

Si seulement ! Moi j’ai grandi dans le Périgord, le pays où la tradition culinaire était centrée autour des oies et de la production de ce mets si précieux. J’ai vu faire, je sais, et on peut le retrouver sur des documentaires en mode vidéo. Pas de “cancel culture” sur ce sujet, qu’il nous faut collectivement assumer. Oui, nous avons pratiqué cela, et je dois dire que pendant plus de 30 ans je me suis fait une joie chaque année d’en consommer avec délectation. J’ai seulement arrêté en 2021, la larme à l’œil, mais essayant de m’approcher au plus près de mes convictions. 

Je suis fière cependant que la loi de 2040 (ART291-alimentation//2040) ait également mis fin à cette barbarie, et que mon Périgord natal soit devenu le spécialiste du faux gras à base de noix du pays, une autre spécialité dont nos terrains calcaires sont producteurs. Les noix fraîchement moulues, combinées en savante recette, où l’on peut retrouver bien entendu la truffe d’hiver, champignon noir d’une grande valeur, nous produisons un faux gras vegan d’une qualité exceptionnelle.

Je m’arrêterai là, car je pourrais aussi élaborer sur les escargots, petits animaux rampants qu’on faisait baver à mort pour les cuire et les enduire de beurre persillé, ou encore la fameuse dinde, cuite au four, et servie avec des marrons et des pommes de terre sautées.

Ce n’était décidément pas la fête pour tout le monde !

Si nous mangeons encore de la viande aujourd’hui, c’est à une fréquence d’une fois par semaine pour la volaille et une fois par mois pour les bovins, et seulement quand les productions sont locales – produites dans un rayon de 35 km – et biologiques. Le cheptel n’est pas très grand à l’échelle nationale, mais a permis le retour à une agriculture de qualité, également bien rémunérée (les paysans gagnent l’équivalent des salaires hospitaliers !!! ) tant l’alimentation et ceux qui la produisent ont été reconnus comme “essentiels” (suite à la classification des métiers essentiels de 2025, revue plusieurs fois pour aboutir à une liste où tout est essentiel !)

Au-delà de ces traditions assez barbares envers les animaux, la semaine avant Noël rimait avec charge de travail énorme pour maman. Certains mets devaient être préparés à l’avance, mais la plupart devaient être récupérés chez le boucher ou l’épicier la veille pour être cuisinés le jour même. Ainsi à l’heure où nous sautions de nos lits excités comme des puces, pour elle voilà déjà que deux heures venaient de s’écouler en cuisine pour s’assurer qu’elle ait un moment “de qualité” avec nous au pied du sapin.

Le sapin, quelle horrible et belle tradition à la fois ! J’ai failli l’oublier celui-là ! Le 1er décembre, maman avait pour coutume de nous faire décorer la maison, tradition qui a subsisté à travers le temps et aujourd’hui encore. Un point important a cependant changé : le sapin. 

Je sais que c’est ce que mes petits-enfants aiment le plus, même si aujourd’hui on parle de “l’arbre de Noël”, la coutume étant depuis 2050 qu’à chaque naissance de petit humain la famille plante un conifère et un feuillu à proximité de sa maison. Et pour ceux qui habitent en ville, des parcs-forêts sont dédiés à ce rituel. C’est un peu le baptême civil que chacun peut associer avec la fête de naissance de chaque tradition et religion. J’ose vous dire que pour Noël les parcs-forêts de conifères sont un vrai festival de couleurs…

De mon temps, nous allions chez le marchand acheter un arbre qui avait été coupé spécialement pour l’occasion. Déraciné, mort malgré son air flambant et verdoyant, habillé durant un mois de lumière puis abandonné quelques semaines plus tard aux pieds des immeubles dans un spectacle déchirant, qui nous donnait à tous le cafard. 

La gueule de bois, devant le petit bois mort…

Cette nature sacrifiée était aussi parfois artificielle, d’aucuns achetant des arbres en plastiques, moins beaux, avec moins de senteurs  mais un peu écologiques tout de même, car après 7 ans d’usage, leur bilan carbone semblait convenable (il faut dire qu’ils venaient de Chine).

Les sapins étaient décorés de guirlandes plastiques, elles aussi, certaines électriques pour produire de la lumière, le tout agrémenté de boules colorées. 

Aujourd’hui que le plastique a quasiment disparu de nos usages et où la céramique, le verre, le papier et le bois sont devenus la norme, c’est un émerveillement au mois de Noël d’aller dans les parcs-forêts à conifères. Chaque enfant vient décorer son arbre (et même les grands-enfants, et les descendants de ceux qui sont partis) laissant dans ces arbres un sentiment d’éternité plus vif que tous les cimetières de la terre. On se sent tellement humble devant tous ces arbres eux qui nous survivent de nombreuses dizaines d’années.

Les arbres sont décorés avec des boules de graines, des pommes de pin colorées, des noisettes, et autres matériaux de la nature. On a conservé les guirlandes électriques, mais elles ne s’allument que quand les adultes se mettent à pédaler sur des vélos en périphérie de la forêt, pour produire une énergie verte. le reste de l’année les enfants viennent voir leurs arbres pour s’assurer qu’ils vont bien, et tout ce qui est déposé durant les fêtes est peu à peu consommé par les nombreux habitants de cette forêt, avec modération, puisque des quotas existent aussi pour ne pas trop nourrir la vie sauvage. Dépendamment des régions, certaines forêts sont devenues des refuges pour la migration des oiseaux qui trouvent tout ce qu’il faut pour se sustenter. Depuis leur création, on ne déplore aucun incendie, car les gardes forestiers et les enfants sont extrêmement vigilants. 

Mais revenons en arrière et au pied du sapin…

Nous ne pouvions pas ouvrir les cadeaux tout de suite car il fallait attendre le reste de la famille. Il y avait une montagne de paquets emballés de papiers plastifiés de toutes les couleurs. C’était magnifique à voir ! 

Mais quel gâchis, le zéro déchet en était à ses balbutiements et personne ne pensait à faire de jolis furoshiki recyclables à l’infini.

A l’arrivée des invités, l’excitation était à son comble, il fallait tout ouvrir avant le déjeuner car sinon les enfants n’auraient pas pu tenir. Commençait alors le grand déballage, avec sourires et parfois grimaces devant un cadeau tombé juste, ou à côté. 

Au final, bien souvent, devant les jeux bien complexes, plastiques eux aussi et consommateurs de piles (qui n’étaient pas toujours présentes dans les paquets), les petits finissaient par jouer avec les ficelles et les papiers, tellement plus amusants.

Ce matin quand nous échangerons nos cadeaux, l’atmosphère sera moins électrique et beaucoup plus apaisée. Déjà il n’y aura qu’un cadeau par personne, et c’est la norme dans toutes les familles depuis des années !!!! Un cadeau unique, comme chacun de nous, issu de la cotisation de la famille, et à un prix “raisonnable”. Un cadeau d’expérience, comme une entrée dans un parc écologique, un cours de ski de randonnée, un massage, ou un joli dîner au restaurant. Un plaisir et des émotions à partager, le plus souvent en famille. Et pour cela pas besoin d’emballage, juste une jolie carte remplie de surcroît de mots d’amour. Bien sûr il y aura peut-être aussi quelques “do it yourself”, je sais que ma petite Anaïs m’aura fabriqué une crème pour les mains, bien onctueuse et présentée dans un petit bocal de verre, ou encore Antoine qui m’aura tricoté à la main une écharpe avec la laine récupérée à la ressourcerie. 

Pour le repas, loin des traditions passées où nous étions limités par le nombre en raison de la complexité et de la cherté des mets, nous aurons un rassemblement dans le salon, où tous les membres de la famille pourront défiler dans la journée. Les amis, qu’importent leurs traditions et leurs religions, sont conviés. Le plaisir des papilles sera garanti par une cuisine réalisée durant le temps de l’Avent. La télévision, les ordinateurs ou autres tablettes ne sont plus à la mode, et les veillées ont été remises au goût du jour quand j’avais 50 ans. Du coup le temps de l’Avent est encore plus fort, car nous avons un grand mois pour confectionner décorations, cadeaux et mets, autour de grandes veillées de villages et villes dans des “tiers lieux” où nous nous transmettons nos compétences et nos meilleures recettes. Nous avons repris les traditions du Noël alsacien ; dès le mois de novembre les familles fabriquent les délicieux bredele de Noël que l’on conserve longtemps dans des boîtes métalliques. Nous avons aussi fait nôtre au niveau national, la tradition des 13 desserts de Provence dont la simplicité nous réjouit: des noix, des figues sèches, des amandes, des raisins secs, des dattes. Nous préparons aussi au cours des veillées le nougat blanc, le nougat noir, les calissons d’Aix, la pâte de coing, et les fruits confits, et la veille de Noël la pompe à l’huile qu’on appelle aussi fougasse. Il ne reste plus qu’à ajouter du raisin blanc, des oranges ou clémentines ou mandarines qui ne sont pas très locales mais viennent d’Espagne par voie ferroviaire, ce qui est acceptable. Nous avons aussi fabriqué quelques jours avant les fêtes un faux gras à base d’épices et de noix de cajou qui sera servi en canapé sur des petits pains achetés le matin à la boulangerie. Pour les becs salés, nous avons aussi confectionné différentes chips à partir de légumes de saison, et de délicieuses mousses végétales pour les agrémenter. Des thermos seront remplis de tisane et de thé de Noël, il y aura du vin chaud, et du jus de pomme chaud à la cannelle pour les enfants. Chacun pourra apporter d’autres mets pour partager, la fête ce sera avant tout le rassemblement et non la complexité de la cuisine. 

Bien sûr le salon est bien décoré, car durant tout le mois de décembre, nous avons recyclé des papiers pour fabriquer cocottes, guirlandes et petits articles de Noël.

Nous avons aussi la chance d’avoir les arbres de Noël de chacun de mes petits-enfants et de mes enfants dans mon jardin, et notre propre vélo à production électrique !  C’est donc féérique quand les invités pédalent à tour de rôle…

Une seule chose me manque, que mes petits-enfants n’ont pas connue… le chocolat !

On ne pensait jamais à la fête, sans penser au chocolat, quand j’étais enfant. Une fève venue d’Afrique était transformée sous nos latitudes en une délicieuse sucrerie depuis des siècles. C’était une fève de la discorde, car souvent pour la cultiver des agriculteurs étaient exploités en Afrique, et même des enfants. On avait même essayé de créer des chocolats équitables, mais on avait oublié un peu la durabilité, et le fait qu’il fallait réguler la consommation mondiale… La planète s’est réchauffée depuis 2020, et même si on a réussi à garder le cap de +3°C, ce qui est déjà une belle réalisation, beaucoup de cultures et de terres ont disparu ! En effet, nous avons réagi trop tard pour maintenir le maximum de 2.0°C défini durant l’accord de Paris du 12 décembre 2015. 

 

Durant le repas de Noël, mes petits-enfants ne manqueront pas de me demander: “mamy raconte nous le conte de Noël autrement”, l’histoire qui a, somme toute, tout changé.

Car de mon grand-âge je peux me vanter d’avoir assisté aux prémices du grand changement.

En 2022, au mois de décembre, la maison des habitants de ma petite commune frontalière de Saint-Julien-en Genevois, a lancé un mois de l’avent sous le thème du “Noël autrement”. A l’initiative de tout cela, quelques personnes, dont Nathalie, une copine à maman qui était déjà très en avance sur notre temps et très consciente des soucis que notre planète rencontrait. Cela faisait longtemps qu’elle en avait marre des animaux sacrifiés à Noël, de l’orgie des cadeaux, des sociétés comme Amazon, des arbres coupés, et j’en passe…

Pour ce Noël-là, la population fut invitée à de très nombreux ateliers. Un défi fut lancé dans la ville pour la famille qui ferait le plus beau “Noël autrement”, en suivant les consignes suivantes: une journée du 25 consacrée à la famille, accueillant les êtres chers, sans stress, dans le calme et la sérénité, et la paix, avec une alimentation saine, locale, facile à préparer et sans animaux sacrifiés. Les cadeaux devraient être bon marché, tout en rendant heureux, de seconde main, ou à usage d’expérience. Le premier prix serait une excursion en famille en ski de fond en montagne avec un guide, et un coucher en bivouac pour le passage à la nouvelle année.

Pour cela les familles ne furent pas laissées seules. De nombreux ateliers furent proposés, réunissant petits et grands. On nous apprit à cuisiner un menu de fête végétarien, local et simple en partenariat avec Apollon 74. Un petit marché des producteurs locaux avait déjà lieu toutes les semaines, et deux nouveaux magasins de vrac et de produits locaux avaient été subventionnés dans leur installation par la mairie. La ressourcerie nouvellement inaugurée à la déchetterie de Neydens proposait des articles de seconde main à rénover durant plusieurs Repair café organisés par l’Accorderie de St Julien. Arc-en-ciel, notre Emmaüs local, comme chaque année proposerait des jouets de seconde main, et l’Accorderie ferait un nouvel événement annuel avec une gratifiera de Noël. Les enfants choisiraient eux même leurs cadeaux, et pour l’occasion on arrêterait de leur mentir en leur expliquant que le père noël était une légende. Il faut dire qu’après la crise covid 2019-2022 les gens en avaient marre des nombreux mensonges de gestion de crise, et souhaitaient encore davantage éduquer leurs enfants en dehors de la culture du mensonge. Le vieux barbu en a pris un coup mais les Bouilleurs de mots, atelier d’écritures créatives de la ville, ré-enchantèrent le quotidien en créant de nouveaux récits de Noël, où l’amour, la convivialité et la sobriété heureuse étaient érigés en modèle. 

La troupe de théâtre Bellerrance ne fut pas en reste pour nous organiser de beaux spectacles avec des contes de Noël revus et corrigés à la sauce écologique.

Autant dire que ce fut un succès immense, et je dois l’avouer une année inoubliable pour moi, puisque c’est ma famille qui gagna le concours et que nous tournâmes la page de 2022 vers 2023 quelque part dans les Alpes, au milieu d’une neige fraîche et délicate, avec une veillée à la belle étoile.

Notre Noël autrement de St Julien fit des émules, toutes les villes alentour l’adoptèrent en 2023, des équipes de télévision furent détachées en Haute-Savoie, pays bien renommé s’il en est pour son histoire avec le Père Noël (dont le hameau est situé à Sainte-Blaise), le JT en parla, des influenceurs s’en emparèrent, et de nouveaux commerces éthiques fleurirent autour de l’alimentation végan, des cadeaux simples et bien-être, et les ressourceries, gratifiera et autres rassemblements festifs se développèrent. Si bien qu’en 2025 c’est toute la France qui avait changé sa façon de fêter Noël, et d’autres événements populaires qui en avaient pris du grain, comme le Ramadan, ou le nouvel an chinois. Les premières lois environnementales furent défendues au niveau européen, puis mondial. 

Il faut dire que comme toute bonne idée, elle n’était pas née dans la tête d’une seule personne. D’autres habitants du Monde, sensible aux enjeux du changement climatique s’en étaient aussi emparés, en fonction de leurs fêtes respectives et de leurs religions.

Est-ce à dire que ce seul “Noël autrement” a changé le cours de l’Histoire et de la guerre climatique?

Non, bien sûr, mais il y a contribué, avec d’autres initiatives fabuleuses et nombreuses, mais ceci fait partie… d’autres histoires

Joyeux Noël à toutes et tous,